De N comme NOURRITURE à P comme PARCS

Publié le par Franzi

NOURRITURE et Cuisine  

Plats russes :

Le Courrier de Russie, journal des Français de Moscou, a publié début novembre un intéressant classement des « six plats russes préférés des Français » et des « six plats russes qu’ils aiment le moins ».

Bortsch, salade Olivier, notre salade russe( !), bœuf Stroganov, pirojkis, pelmenis et caviar sont les favoris.

Lard ou sala, zakouski, kacha, desserts à la crème, viande rouge et poissons séchés ne plaisent guère, du moins aux Parisiens. Les provinciaux savent que le lard ou les flocons d’avoine tiennent au corps par grand froid. Par contre, le manque d’attrait pour les lourds desserts à la crème et les gros gâteaux colorés, comme on en trouve aux USA ou en Chine, mettra d’accord la majorité de nos compatriotes.

Nous assimilons parfois le bortsch à une grossière soupe au chou, tout à fait à tort. Il en existe au moins cent recettes et celui qu’on mange en ville ou dans les familles moyennes de Moscou est raffiné et délicieux ( cf photo des bols d’ingrédients, ci-contre) .

Après avoir lu ce paragraphe, vous n’irez pas commander une salade russe, personne ne saura ce que c’est, mais bien  une salade Olivier, inventée par un Français, et qui est de toutes les fêtes russes. La kacha est une bouillie épaisse et sucrée de flocons d’avoine, petit déjeuner nourrissant avant d’aller à l’école. Elle est aux petits Russes ce que les corn-flakes sont aux petits Américains. Certains enfants adorent mais d’autres font la grimace. On ne vous fera pas l’injure de vous expliquer ce que sont les pirojskis ou les zakouskis ou autres pelmenis que nous avons découverts en France, il y a longtemps déjà.

Un plat traditionnel excellent est le bœuf à la russe. Cela ressemble beaucoup à notre daube mais avec un goût prononcé de marinade au vin blanc, agrémenté de pruneaux ou de carottes. Il est particulièrement savoureux quand il est servi dans des bols recouverts d’une croûte de pain que l’on trempe ensuite dans le jus. L’accompagnement des plats traditionnels consiste le plus souvent en une assiette de pommes de terre sautées décorée d’une tomate ou d’un  radis, d’une courgette ou d’un poivron artistiquement découpés et d’un oignon « grelot » ou d’une olive. 

Confiseries :

Chocolats, bonbons, gaufres à la manière ancienne, ont été détrônés par les confiseries américaines. Il faut aller dans des boutiques de luxe ou des salons de thé pour en trouver des vestiges ou bien encore à la chocolaterie « Octobre rouge » qui a sans doute fermé. « Octobre Rouge » dans sa pure atmosphère de fabrique d’état aux employés revêches valait le détour. Pourtant, comme les bonbons Mischka au papier savamment plié sont délicieux, comme les gaufres sont douces dans leurs belles boîtes de cartons ! Ces dernières sont un ravissement  en elles-mêmes avec la célèbre petite fille au fichu jaune ou celle qui ressemble au  petit chaperon rouge .

Dans le beau magasin de thés et autres spécialités russes, Myasnitskaya ulitsa, près des « étangs propres », on peut trouver, outre un assortiment de thés remarquable, toutes ces spécialités traditionnelles. Les petits champignons, pied en  pâte et tête en chocolat des « Chocoboy », sont leur pendant plus populaires dans les « producti ». C’est un exemple amusant entre un petit régal très russe et la fascination d’un nom à l’américaine.  

Boissons :

TCHAÏ : au retour d’une promenade, rien ne vaut un bon thé( tchaï) bien fort , très sucré et avec du lait . Là encore un petit goût d’Asie, d’Inde cette fois, la cardamone en moins. Le tchaï est très prisé aussi avec du miel et du citron. Dans bien des « thés » de dames, on accompagne de confiture dans une petite coupelle. Les samovars anciens avec la cheminée et le four à charbon se vendent chers sur les marchés de brocante et c’est une décoration très appréciée. Mais les samovars actuels des restaurants ont tous une résistance électrique, comme nos vulgaires bouilloires, mais bien plus « classe ». 

CAFE : dans les cafés et restaurants, les expressos sont très demandés et excellents. Mais on trouve aussi le café américain allongé ou non, les cafés aux goûts plus orientaux, bref toutes les sortes de café. Il ne nous a pas été possible de trancher s’il y avait plus d’amateurs de thé ou de café chez les moscovites ! Mais davantage qu’en France, on accompagne souvent sa boisson favorite d’une pâtisserie, souvent excellente. Il existe de nombreux et coquets salons de thés, tradition du grand est oblige, et il faut ajouter le chocolat à la liste des boissons reconstituantes sans qu’il ait l’importance du thé ou du café. 

BIERE  et VODKA sont les  boissons masculines les plus appréciées. La bière est la boisson de toute la journée, accompagnant le sandwich de midi ou les promenades des jeunes. L’alcoolisme sévit, c’est un vrai fléau sanitaire et social. Le Prince Vladimir, dit-on, a autrefois choisi sur ce critère la religion orthodoxe qui autorise la vodka de préférence a l’islam car la « vodka réjouit le cœur des Russes ». Et l’on dit aussi que Gorbatchev doit une des raisons de sa chute à sa législation contre l’alcool. Mais si tant de bouteilles de bière traînent dans les rues, il faut faire la part des choses. D’une part, aller boire et manger au café est encore cher pour beaucoup, d’autre part l’équipement en poubelles est encore restreint. Rencontrer des hommes ivres durant la journée était encore fréquent dans le centre ville il y a 5 ans, c’est devenu à présent rarissime. La vodka est souvent bonne et hélas à un prix qui n’est pas dissuasif même pour un petit salaire. 

KWASS ET MORS : On ne peut pas quitter Moscou sans avoir goûté  au « Kwass », boisson très ancienne à base de pain fermenté mais qui garde la faveur de nombreux Moscovites. Le goût est original, dans un sens ou dans l’autre, vous n’y resterez pas indifférent.

Le » mors » ressemble davantage à nos boissons modernes puisque c’est un jus à base d’airelles, très rafraîchissant et sain. 
 

O comme ferveur ORTHODOXE et ORDRE et avant-garde, dissidents

Du plus riche au plus pauvre, le moscovite est lancé dans la course à la consommation.

Mais, parallèlement à ces appétits matériels, les battements de coeur de l’âme russe, que les écrivains ont toujours aimé nous faire entendre, trouvent aussi une résonnance dans la génération actuelle. 

Les Slaves ont une longue histoire et un patrimoine de traditions dont ils sont fiers. Dans les années 90, ils ont été humiliés sur la scène internationale. Avec le gaz et Poutine, la fierté nationale et patriotique revient en force.

Le renouveau de la religion et de la ferveur est patent. Il n’y a pas que des babouchkas dans les églises. Même si elles y sont en nombre, on voit beaucoup de jeunes et d’hommes. On peut expliquer cela par la résurgence au grand jour d’une religion cachée au temps des persécutions communistes. On peut y voir aussi l’expression d’une religiosité fondée sur  la fierté d’appartenir à une nation qui a une telle richesse de traditions et de rites. 

Le besoin d’un homme fort à la tête du pays peut aussi s’expliquer par l’histoire, affirment certains. Il y eut d’abord l’influence byzantine qui donna à l’âme slave une composante fantasque et irrationnelle qualifiée de féminine, certainement amplifiée par les paysages immenses des steppes et la forêt mystérieuse. Puis vint St Serge au XIVe siècle, moine fort qui a mis l’accent sur le symbole de la Trinité, l’unité et la résistance à l’ennemi. Il a fédéré les princes, commencé l’alphabétisation et donné le sens des responsabilités, pulsions soi-disant masculines qui aboutiront à l’unification du pays. Cette influence susciterait encore aujourd’hui ce besoin des Russes de se donner à un homme fort qui puisse les gouverner.

Dans un pays autocratique, il ne peut y avoir consensus de tous et il s’élève toujours, aujourd’hui comme hier, ces voix politiques dissidentes et ces artistes d’avant-garde qui dans toute l’histoire de la Russie ont eu tant d’importance parce qu’ils sont souvent un des germes de l’avenir. 
 

P comme PARCS

Les Parcs sont nombreux et beaux. Ce n’est pas un hasard, c’est encore et toujours l’expression de l’amour de la nature et de la terre. Le communisme  a respecté cette tradition .Votre guide décrit des dizaines de parcs, certains avec des frondaisons magnifiques ou des attractions pour l’été, Gorki Park, Olympic Park, Parc des « étangs propres »… En hiver, les enfants y traînent leur luge, les adolescents s’y rendent en bandes, on y patine sur les petits étangs gelés, on y pique-nique l’été et tous s’y promènent en toute saison.

Tous ces parcs sont très bien entretenus par une armée de babouchkas et d’employés qui jouent de la balayette du matin au soir, même le dimanche. 

Après une représentation au Vieux Cirque, pourquoi ne pas vous promener dans le parc juste en face, celui de Tsvetnoy boulevar (sans « d » !) , le boulevard fleuri ? Il est petit mais très représentatif de ces parcs urbains.

Comme beaucoup de parcs moscovites, il est dessiné sous formes d’allées et de pelouses géométriques ombragées qui séparent en deux un  boulevard. Cela ressemble un peu à notre boulevard Pereire parisien. Nous y retrouvons toutes sortes de statues figuratives, solides et réalistes, très typiques de l’héritage soviétique  comme des clowns avec leurs valises, escaladés par les enfants ou trois jeunes paysannes de kolkhozes vantant le travail. Ironie du sort, celles-ci se trouvent juste à la hauteur d’un chantier d’immeubles de luxe sur le trottoir d’en face où les palissades affichent sans complexe « capitalisme.com « .Du même côté, le parc se termine par une grande colonne,-monument souvenir fleuri d’œillets et de roses rouges le jour de la fête de la milice.

Juste derrière s’ouvre la nouvelle station d’un nouveau tronçon du Métro. Cette station avec ses marbres, ses dimensions imposantes et ses magnifiques tableaux en verre coloré représentant des monuments de Moscou et des monastères n’a rien à envier à ses sœurs des années 30. Ce quartier , sur une surface restreinte, donc ne nécessitant que peu de temps de parcours, est assez emblématique du Moscou résidentiel. 
 

R comme RESTAURANTS, CAFES et RUES 

Cafés et restaurants

La cote du café semble varier parallèlement à celle de l’économie libérale et de la démocratie. Depuis la fin des années 80 et la chute du communisme, la consommation aurait augmenté de près de 10 fois.

Il y a des cafés partout ce qui  rend une promenade à travers Moscou très agréable.

Les expressos sont excellents et les gâteaux qu’on choisit dans une vitrine aussi. Pour l’amabilité, c’est comme toujours « à la russe » mais peut-être un peu mieux qu’ailleurs. La chaîne qui a russifié « coffee house »  en «  Kofe aouz » est encore une illustration évidente de la fascination des Moscovites pour les produits et le mode de vie américain. Au Hardrock café ou au Starbucks, nous retrouvons les standards habituels, certes moins raffinés.

Les salons de thé, concurrencés par cette nouvelle vogue, proposent souvent de délicieux chocolats et  ressemblent à des reconstitutions surannées de romans. Dans les salons de thé comme dans les cafés qui en ont empruntés les usages, il y a les petits raffinements des pays de l’est : la note présentée  avec cérémonie sous portefeuille même pour un simple expresso, la tasse de café ou de thé servie à l’ancienne sur un napperon de dentelle en papier.

On mange très bien à Moscou. Les restaurants sont russes mais aussi ukrainiens, géorgiens, ouzbèques, turcs, français, italiens, japonais bref offrent  la cuisine de toute la Russie et  celle du  monde entier, de toutes qualités et pour toutes les bourses. A vos guides même si vous trouverez bien tout seuls le classique Café Pouchkine célèbre en France depuis qu’il a été chanté par Gilbert Bécaud dans « Nathalie »! Le bouche à oreille vous signalera les endroits branchés. Il reste encore quelques rares cantines, vestiges de l’époque communiste. On y mange très correctement à des prix imbattables et avec un souci touchant de la décoration pour le plaisir du camarade prolétaire. Si rien ne vous satisfait, vous avez toujours la ressource d’un bar ou d’un « Mac Do » .  

Rues

Elles se déclinent en majestueux prospects, beaux boulevars (sans « D ») , rues normales, les oulitsa et petites rues voire ruelles, les péréouloks. Elles sont propres et bien balayées, comme les parcs, même si traînent, à quelques endroits stratégiques des pauses de bureaux, mégots et bouteilles de bières.

Les artères témoignent de la rudesse du climat par la présence de quelques ornières, la robustesse des constructions ainsi que par l’épaisseur  des grilles et des ouvrages en fer forgé exposés aux intempéries de la rue.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article