G comme GENS

Publié le par Franzi

Les Moscovites, dans la rue, sont très, très sérieux, voire renfrognés. S’il vous arrive un incident, débrouillez-vous ! On ne vous aidera pas spontanément si vous glissez sur une plaque de verglas ou si on vous voit chercher votre chemin. Mais si vous demandez de l’aide, non seulement on ne vous la refusera pas mais elle sera efficace. Par contre, avoir un sourire ou la complaisance spontanée d’un passant, d’une employée de poste, d’une vendeuse ou même d’une serveuse est un cadeau rare. On ne se relève pas en un jour du système soviétique. Le rude climat continental y est peut-être pour quelque chose. La vie quotidienne moscovite est sérieuse mais il en va tout autrement dans les fêtes, souvent exubérantes. Les Moscovites rencontrés ont été accueillants ou indifférents à notre nationalité de Français mais jamais hostiles.

Les jeunes filles sont jolies et élégantes avec leurs bottes aux talons aiguilles improbables par neige comme par verglas. On est très « habillé » à Moscou, même quand les conditions météorologiques sont difficiles. Il est inconcevable de ne pas l’être pour sortir. Ne partez pas à Moscou l’hiver avec votre vieille doudoune et vos après-ski éculés, vous ne donneriez pas une bonne image. Les jeunes filles ne sont pas aussi fines et racées que leurs homologues de Saint-Pétersbourg mais elles sont le plus souvent minces, l’obésité des jeunes est encore presqu’inconnue. Elles sont vêtues dans le style H&M, Zara ou Esprit et scotchées à leur téléphone portable tout autant qu’en France, les jeunes gens n’étant pas en reste. Les samedis, on rencontre des bandes d’allure inquiétante par leur nombre et les bouteilles de bière qu’ils tiennent à la main. Ils n’ont pourtant pas d’intentions mauvaises, ce sont tout simplement des jeunes, heureux d’être ensemble, qui n’ont pas les moyens de s’offrir l’abri d’un café et qui s’approprient donc les parcs et les recoins tranquilles

Les babouchkas ressemblent à nos grand-mères d’antan. Elles sont corpulentes à force d’avoir fait de durs travaux sans avoir le temps de s’occuper d’elles et de manger autre chose que des nourritures roboratives. L’hiver, elles arborent de gros bonnets tricotés sans grâce, mais elles parent leurs petits-enfants de jolis bonnets tricotés, eux, dans de tendres ou vives couleurs avec l’écharpe assortie. Plusieurs d’entre elles constituent un témoignage vivant du dysfonctionnement des retraites. Elles travaillent et de tout leur cœur jusqu’à un âge très avancé, soixante-dix, quatre-vingts, c’est difficile de leur donner un âge. Il y a quelques mois au cœur de Moscou, on voyait encore beaucoup de babouchkas campagnardes qui vendaient quelques produits de leur jardin ou des écharpes et des moufles tricotés voire des lacets ou des couverts de pacotille imitant la belle argenterie. Les chantiers et les rénovations ont sans doute chassé ces babouchkas.

On ne peut pas ne pas remarquer qu’il y a là un grand problème au milieu de la course à la prospérité.

 

Les fumeurs: « fumer une clope », c’est un sport national pour jeunes et vieux. Quelle que soit la météo et tant pis s’il gèle à pierre fendre, on sort périodiquement des ateliers, des écoles et des bureaux pour en « griller une » comme cela se voit maintenant en France. Mais comme en France actuellement, ces assemblées de fumeurs sont conviviales et joyeuses. A nous touristes, elles donnent l’occasion de côtoyer des groupes d’employés, de gardes et de grands écoliers, bref des gens classés par catégorie que nous ne voyons que mélangés dans les rues.

Un groupe d’hommes russes est une assemblée massive en comparaison de laquelle un groupe français paraît bien fluet.

 

Les beaux immeubles et les bureaux sont tous surveillés par des gardes impassibles. Il y en a qui passent leur journée en surveillance à l’extérieur dans la chaleur continentale de l’été ou la froidure de l’hiver. Ce sont les plus enragés des grilleurs de cigarettes, seule fantaisie à leur portée !

Les deux attentes des Moscovites paraissent être l’accession à la propriété et le maintien de l’ordre qui favorise la vie économique. Les Russes ont été très pauvres, brimés par une vie communautaire plutôt subie que choisie. Cela ne fait qu’une dizaine d’années qu’ils ont renoué avec la liberté et des conditions de vie moins misérables. Aujourd’hui, ils aspirent à posséder et à jouir. Plus tard, sans doute, auront-ils envie de plus de démocratie, mais maintenant, ils sont heureux d’aller et venir à leur guise et de commencer à posséder des biens.

Néanmoins pour les petites gens, la vie est encore dure. Les horaires de travail sont lourds. Pour beaucoup, c’est toujours « marche ou crève » ce qui rend les gens âpres mais aussi débrouillards, l’assistanat n’existant pas. Mais si l’on observe les gens que l’on connaît et qu’on les rencontre à quelques mois d’intervalle, on voit que les situations progressent. Ce qui, à notre point de vue, est frappant quand l’argent rentre, c’est que le premier réflexe ne semble pas être l’épargne ou la constitution d’une retraite mais bien la satisfaction immédiate, compréhensible après tant et tant de décennies de privations et de misère. Comment réagissions-nous au lendemain de la guerre ?

Culture et musique

Les Moscovites, même ceux des couches très moyennes de la population, sont cultivés et s’intéressent aux arts. La musique tient une grande place. Les enfants ont très souvent une éducation musicale. Les salles de spectacles sont très fréquentées.

Une bonne russe peut tout à fait inciter sa patronne française à aller voir une pièce de Dostoïevski qu’elle a elle-même a appréciée. C’est un conseil qu’elle ne donnerait peut-être pas à sa patronne russe, beaucoup plus formaliste sur la différence entre les « classes ». Il y a des idées communistes qui subsistent et d’autres où nous Français sommes sidérés par leur renversement rapide.

Les Moscovites sont vraiment des Russes Blancs ! Rencontrer un Noir à Moscou est très exotique et sa couleur n’est pas très bien vue. Les Blancs dominent et de loin, suivi par les travailleurs de type asiatique ou à peau foncée provenant des autres républiques. Le Russe n’est pas franchement enthousiasmé par le mélange multiracial. Quelques uns disent même que c’est un grand service que la Russie a rendu à l’Europe puisqu’elle a contenu les hordes mongoles et l’immigration asiatique. Débarquer de Paris ou de Londres à Moscou est à cet égard surprenant.

Expatriés 

Leur durée de séjour moyenne est de 3 à 5 ans. En général, ils se plaisent à Moscou surtout si la société qui les emploie comme cadres fait de bonnes affaires puisque cela se répercute sur le confort de vie et d’installation. C’est surtout vrai pour les sociétés qui ont flairé le renouveau et pris le risque de s’installer en Russe dès les années 90. Les Russes sont attachés aux marques et en particulier aux marques étrangères qui sont venues s’installer sans attendre, dès le début du boum économique, et ont fait leurs preuves.

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Prochains chapitres : D , E , J et Z ...qui n'est pas la fin!

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